7 avril 2018. Nous bouclons les dernières sacoches, chacun dans ses pensées sous le regard du père de Jérôme. Nous sommes serein, pas une once de stress s’empare de nous, mais une grande excitation. Ce jour tant attendu est enfin arrivé.

9h30. Premières photos et les premiers au revoir d’une longue série. L’émotion flotte dans l’air, il est temps pour nous de donner nos premiers coups de pédales en direction de la grande Dame, la cathédrale. Combien de fois aurons-nous pédalé dans Strasbourg  ? Mais aujourd’hui notre regard est différent. On la contemple pour la dernière fois, notre ville.

Nous arrivons par la rue Mercière où nous croisons déjà quelques personnes venues nous saluer. Sur le parvis, au lieu de rendez-vous, nous sommes surpris par toutes les connaissances venues nous voir, certains à pieds, d’autres à vélo. Ils nous accueillent par des applaudissement et bruits de sonnettes. Quelle ambiance inattendue  ! Pendant une demi-heure, nous déambulons entre les groupes pour papoter avec tout le monde, ne serait-ce que quelques petites secondes. Les minutes filent et l’aventure nous attend. Place aux bises, à l’émotion, aux derniers échanges. On se donne rendez-vous pour le retour, au même endroit.

© Joël Schaeffer
© Joël Schaeffer

De Strasbourg à Colmar, le long de l’Eurovélo 15

Le cortège de vélos s’élance en direction de Colmar, notre première étape. Nous formons un joli groupe sur les pistes cyclables de Strasbourg. Au fil des kilomètres, l’escorte s’estompe et les arrêts se soldent d’un au revoir.

Nous pédalons tranquillement le long du canal en cette belle journée printanière. Au niveau d’Eschau, coups de sonnettes de la tête du peloton, une belle surprise nous attend : une banderole avec écrit « Laura, Jérôme, bonne route » est accrochée au pont. Le père de Jérôme, sa grand-mère, oncle, tante, cousin, cousine sont venus nous encourager. C’est aussi à ce pont que les mamans ont fait demi-tour. Ainsi que les beaux-papa et le frère de Jérôme. C’est aussi à ce pont que l’émotion est grande. Mais c’est aussi à ce pont que l’on prend des forces en sachant que nos plus grandes fans sont fiers de nous. Merci .. Merci …

La tête un peu ailleurs nous continuons notre promenade. Nous ne sommes plus très nombreux, plus que 9. Le père de Jérôme continue de pédaler quelques kilomètres avec nous, jusqu’à Krafft où nous attend un couple d’amis avec une bière et un(e) bretzel. Le moment est propice pour la pause sandwich avec les courageux qui nous suivent jusqu’à Colmar : Manu, Laurène, Olivier, Géraud et Camille. Chacun reprend des forces pour continuer cette première étape.

L’ambiance est bonne, nous papotons les uns avec les autres et continuons notre avancée, jusqu’à la chute de Laurène qui nous stoppe directement. Nous prenons le temps de nettoyer les blessures, voir si tout va bien avant de se remettre en selle. Le métier de blogueuse est dangereux, surtout quand on veut récupérer son outil de travail (le téléphone portable) qui est entrain de tomber !

Malgré cette mésaventure, notre rythme est bon sur les derniers kilomètres, serait-ce l’appel de l’apéro qui nous fait avancer à vive allure  ? Sûrement, car avec cette première belle et chaude journée de 2018 nous avons soif. D’autant plus que la longue ligne droite, plutôt monotone qui relie Strasbourg à Colmar, nous motive à arriver à destination. Nous avions déjà rouler à vélo jusqu’à Colmar mais sur la Véloroute du vignoble. Bien que plus usante car plus accidentée, cette route est largement plus jolie et authentique, mais aujourd’hui, nous avons choisi la simplicité pour ne pas faire une grosse étape dès le premier jour. Malgré tout, nous arrivons à Colmar après 78 kilomètres, les bras et le nez rougis par le soleil.

Eurovélo 15 – Strasbourg à Colmar

Les strasbourgeois retournent sur leur terre en train, tandis que nous poursuivons la soirée chez nos amis en bonne compagnie. Un samedi soir entre potes autour d’un bon repas et de bonnes bouteilles de vin, rien ne semble penser que nous sommes à l’orée de notre voyage. Et pourtant, quand nous nous quittons, l’émotion présente nous rappelle que l’on part.

Première frontière naturelle

Au deuxième jour de notre voyage nous nous retrouvons à deux. L’aventure commence-t-elle maintenant  ? Nous rejoignons le Rhin en passant par Neuf-Brisach, ville entièrement fortifiée de forme octogonale (plus facilement visible depuis les airs). Nous passons du côté allemand du Rhin et quittons définitivement la France, mais elle n’est pas bien loin, juste de l’autre côté de la rive.

Sur la piste cyclable nous sommes loin d’être seul. En ce dimanche d’avril, les allemands se promènent à vélo ou à pieds, avec une glace à la main. Certains regardent notre chargement et d’autres nous demandent où l’on se rend avec autant de bagages. La journée est belle et les plages au bord du Rhin invitent à la relaxation. Nous faisons notre pause les pieds dans l’eau et fermons les yeux le temps d’un instant. Le luxe de ne pas être pressé  ! L’endroit est idyllique pour un bivouac mais nous avançons encore un peu et trouvons un autre spot tout aussi parfait avant Bad Bellingen, au bord de l’eau.

Les yeux s’ouvrent naturellement avec la lumière du jour. Le soleil nous pique les yeux dès la sortie de la tente, mais nous n’allons pas nous plaindre. Notre échappée se poursuit sur l’Eurovélo 15 jusqu’à Bâle, nouveau pays, nouvelle véloroute européenne. Avant d’entrer en Suisse, nous faisons le plein de provision à Weil-Am-Rhein en Allemagne et prenons de quoi faire des sandwichs, dégustés sur un banc face au Rhin, à Bâle.

Strasbourg au Lac de Constance
Bâle

Plein Est en Suisse, sur l’Eurovélo 6

La sortie de Bâle nous pose problème et nous devons nous y prendre à plusieurs reprises pour trouver le bon itinéraire. Mais lorsque nous sommes enfin sur la fameuse véloroute européenne Eurovélo 6, tout devient facile  : la route, les panneaux, la signalisation. 10 kilomètres environ après Bâle et au bout d’une petite montée, nous arrivons à Augusta Raurica, une ancienne ville romaine avec son théâtre, qui se situe sur les communes d’Augst, de Kaiseraugst et de Pratteln.

Augusta Raurica

Entre forêt, Rhin et curiosité ancestrale, nos Schwalbe foulent tantôt le bitume, tantôt la piste. Pour faire nos courses, nous nous rendons en Allemagne, de l’autre côté de la rive. Nous jonglons entre les deux pays avec une facilité déconcertante, tant qu’il y a des ponts.

A Eglisau, nous sommes attendus chez Jens et Cora, nos premiers couchsurfeurs du voyage. A peine arrivé, nous nous sentons à l’aise grâce à Jens qui nous prépare un thé et café avant de nous faire visiter Eglisau pour se dégourdir les jambes. Le village est charmant avec des espaces verts et un accès au Rhin pour y nager l’été, ou avant pour les plus téméraires. Nous apprécions cette promenade avec Jens comme guide local qui nous montre également la spécificité des habitations suisses  : l’abri anti atomique dans les caves. La soirée se poursuit dans l’appartement de nos hôtes autour d’un délicieux repas concocté par Cora  : asperges, jambon, sauce hollandaise et salade. Nous sommes gâtés et tellement comblé par cette rencontre. Au détour d’une conversation, Jens nous conseille l’itinéraire cyclable du Donau Bodensee Radweg, qui rejoint le Lac de Constance à Ulm et nous offre également le guide Bikeline de cette route. Il ne nous a pas fallu très longtemps pour nous convaincre. Nous décidons de prendre ce chemin et changer les plans de ces prochains jours.

Strasbourg au Lac de Constance à vélo
Eglisau
Eglisau

Au petit matin après une très bonne nuit, nous sommes accueillis par un petit-déjeuner royal préparé par Cora, qui prend soin de nous comme une mère. D’ailleurs, elle nous aura même préparé des sandwichs pour le midi alors que nous avions refusé. Une rencontre que l’on oubliera pas, une générosité hors pair.

Il est près de 10h30 lorsque l’on quitte Eglisau. Sur notre chemin du jour, nous passons par plusieurs points d’intérêts. Tout d’abord Neuhausen am Rheinfall où se trouve les chutes du Rhin, plus grandes chutes d’Europe, mais il faut payer pour se rendre au plus proche de l’attraction. Nous continuons notre chemin. Sans nous en rendre compte, nous sommes à nouveau en Allemagne, à Büsingen am Hochrhein, une commune du Bade-Wurtemberg enclavée dans le canton Suisse de Schaffhouse.

A Stein am Rhein, nous nous attardons dans le remarquable coeur de ville datant du Moyen Âge où les façades, plus photogéniques les unes que les autres, dégagent une ambiance médiévale.

Stein Am Rhein
Stein am Rhein

L’Untersee débouche dans le Rhin après Stein am Rhein et nous quittons l’Eurovélo 6 pour nous rendre vers le Lac de Constance. Le vent de face durant cette journée et le dénivelé nous a épuisé. Moins sauvage, plus urbanisé, l’Untersee nous pose problème pour trouver un bivouac. Sur un panneau à Rollirain, nous voyons qu’une ferme propose un bout de terrain pour camper. Nous décidons de nous y installer et payer les 18 euros de la tranquillité. La Suisse, c’est cher  ! Mais la soirée au coin du feu avec vue sur le lac nous fait oublier notre fatigue et nous arrivons même à nous faire un épisode de la Casa De Papel avec comme bruit de fond, le crépitement des flammes.

Camping avec vue sur l’Untersee

La Suisse c’est fini, retour en Allemagne

L’Allemagne et la ville de Constance sont à une vingtaine de kilomètres de notre campement. Nous sommes au sixième jour du voyage et la fatigue se fait ressentir mais nous continuons de pédaler en direction du Bodensee (Lac de Constance). Les Alpes se montrent au loin, les sommets sont enneigés et nous apprécions cette belle carte postale.

A Constance, nous prenons le ferry pour rejoindre Meersburg, de l’autre côté du Lac. Une traversée d’une trentaine de minutes où nous pouvons prendre le temps de regarder, de photographier les montagnes. Leur grandeur imposante casse l’horizon, nous sommes émerveillés.

Les Alpes

Le ferry accoste à Meersburg, Jérôme révise l’itinéraire et nous entamons la Donau Bodensee Radweg en direction de Ulm.

 

Nos étapes sur la Donau Bodensee Radweg :

  • J1 : Strasbourg – Colmar / 80 km / Hébergé chez des amis
  • J2 : Colmar – Bad Bellingen / 61 km / Bivouac sur le Rhin (Cliquer ici pour le point précis)
  • J3 : Bad Bellingen – Möhlin / 67 km / Camping Möhlin – 16,5 € (avant saison)
  • J4 : Möhlin – Eglisau / 75 km / Couchsurfing chez Jens et Cora
  • J5 : Eglisau – Mammern / 62 km / Camping Rollirain – 18 € (pas de douche)
  • J6 : arrivée sur le Bodensee, traversée en Ferry de Constance à Meersburg, 21€ pour 2 adultes + 2 vélos
Author

Co-fondatrice du blog Un Tour à Vélo. Passionnée par la photographie et les médias sociaux. Je capture, j'écris, je partage, mais avant tout, j'apprécie les choses simples de la vie (comme une bonne raclette !)

2 Comments

  1. J’ai lu avec grand plaisir cette première partie de votre voyage ! Merci beaucoup pour ce partage qui me permet de voyager par procuration ! Bonne route encore, et que le dieu des muscles des mollets soit avec vous 😀 !

  2. J’avais vu passer quelques photos de votre départ (je suppose via Laurène, à moins qu’il y ait beaucoup de blogueuse du côté de Strasbourg avec ce prénom) mais ce n’est que grâce à Twitter que je découvre avec plaisir le début de votre périple. Je suis plus marcheuse que cycliste n’ayant opté pour le vélo que de façon à emporter ma fille avec moi (mais maintenant elle marche, et bien !) Mais il y a quelque chose qui me fait quand même rêver dans le projet que vous entreprenez.
    Alors bonne route à vous deux.
    PS : j’adore la façade à Stein am Rhein, ça donne vraiment envie d’y aller.

Write A Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.