Aéroport de Bishkek, 28 juillet 2018. Le tapis décharge les bagages, petit à petit nous récupèrons toutes nos sacoches. Les cartons des vélos attendent dans un coin, posés au sol, de façon négligé. On remarque quelques impacts, mais nous verrons demain l’état de nos montures. Il se fait tard, la journée fût longue depuis notre départ d’Istanbul.

Nous avions prévu deux nuits à l’auberge pour préparer notre itinéraire et remonter les vélos. Finalement, nous rajoutons une nuit à cause d’une pièce qui s’est cassée dans ma potence, fichu avion ! Sur place, nous faisons la connaissance de Timothée et Julie, un couple de cyclo qui voyagent avec Lupo, leur chien, de Mélissa et Nicolas, deux belges sur la fin de leur tour du monde. A l’auberge Tunduk, il règne une ambiance détendue où tout le monde se parle. Nous nous retrouvons souvent au bord de la piscine ou sur la terrasse à discuter. Nous pourrions y rester des semaines à flâner, mais l’appel de la route est plus fort. Demain, nous reprenons Fritz et Wowo pour un périple sur les routes kirghizes.

Entre les montagnes du Kirghizistan

Les affaires sont prêtes. Après 1 mois sans nos vélos, nous n’avons pas perdu nos habitudes. Les sacoches avec le badge à droite, les autres à gauche, sacoche guidon et sac à dos à l’arrière. Nous accrochons les tendeurs et branchons l’e-werk. Oui mais ça, c’était sans compter le pneu de Jérôme complètement à plat. Après avoir réparer et changer deux chambres à air hier, on remet ça, ce matin, juste avant de partir. Vers 12 heures, nous sommes enfin sur le départ.

La sortie de Bishkek se fait au milieu du trafic. Nous essayons tant bien que mal de nous frayer un chemin entre les voitures. La circulation est dense sur plusieurs dizaines de kilomètres, la pollution des camions et des vieilles Lada en fin de vie nous pique le nez. Le vent se lève lors de notre pause boisson. Nous restons à l’abri pendant 1h30 avant de repartir et trouver le spot de bivouac quasi parfait. A la nuit tombée, nous voyons deux personnes avec deux lampes torches dans le champs en contrebas, balayant le sol de leur lumière. Nous inspectons leurs gestes pendant un moment pour tenter de dormir sur nos deux oreilles. Ce n’est que le lendemain matin et après moultes questions quant à leur présence, que nous comprenons qu’ils creusaient des tranchées pour l’eau. Décidément, nous sommes loin d’être serein en bivouac !

Direction les montagnes
vélo au Kirghizstan
Premier bivouac kirghize

La petite route jaune sur notre carte papier nous fait passer au milieu des montagnes. Nous ne sommes pas certains qu’elle mènera quelque part, mais tant pis, on y va quand même. La route est belle, un vrai délice, mais n’est pas facile, car elle grimpe et le goudron a été remplacé par une piste caillouteuse. Le calme des lieux et la nature luxuriante nous motivent à avancer pour découvrir ce qui se cache derrière le prochain virage et comme à chaque fois, on s’émerveille de la grandeur des montagnes.

Le bivouac au milieu de nulle part nous comble : pas de réseau, une rivière glacée pour se laver et une soirée au frais, où l’on se cache dans la tente et sous le duvet. Mais pendant la nuit, le vent se lève, le bruit des rafales et de la tôle nous réveillent. La toile de tente donne l’impression de nous tomber dessus. Au petit matin, les yeux piquent, la nuit fut mouvementée. Nous découvrons les plaques de tôles qui ont volés sur 50 mètres. Heureusement, rien n’est arrivé sur la tente et nous n’avons perdu aucune affaire. Nos bivouacs sont décidément très animés.

Lieu idyllique pour un bivouac

Les paysages du jour nous captivent toujours autant. Nous sommes presque seuls au monde. Nous passons une rivière à pieds, en poussant les vélos, l’eau froide de la montagne jusqu’au mollet, mais qu’importe. Nous continuons notre route jusqu’au croisement où nous n’étions pas certain de pouvoir continuer. Effectivement, le single track n’est pas praticable à vélo, mais plutôt à pieds (ou avec un gravel en mode bikepacking). Bref, en gros c’est un chemin de randonnée.

Entre les montagnes kirghizes, un régal
vélo au Kirghizstan
Passage de rivière

Nous faisons demi-tour. La descente un tout autre visage. Les mêmes paysages sont vus différemment, on prend plus le temps d’apprécier. On pourrait s’arrêter à chaque kilomètre pour prendre une nouvelle photo. Au détour d’un virage, un kirghize nous offre un sachet de pommes : une bénédiction.

Dans la petite ville de Sosnovka, on s’offre une guesthouse, qui s’apparente plus à une chambre dans la maison familiale. A 20 heures, nous pouvons prendre la douche et nous découvrons les joies du bania : la douche dans un sauna avec sceau d’eau froide et sceau d’eau chaude. La sensation est très agréable et la chaleur du sauna donne l’impression de faire sortir toutes les toxines de notre corps, toute la poussière des dernières heures.

Le bonheur du vélo au Kirghizstan
La grandeur des montagnes

L’ascension du Too Ashuu à 3200 mètres d’altitude

La M41 défile sous nos pneus. A partir de maintenant, nous entamons l’ascension de notre premier col, le Too Ashuu. A peine avon nous fait 4,5 kilomètres, qu’on nous arrête pour partager une pastèque. Invitation que l’on ne peut refuser.

La montée est douce avec quelques portions à 12%. Mais chaque panneau indique 12% et pourtant les côtes n’ont pas la même intensité : nous concluons qu’il n’y avait pas d’autres panneaux disponibles ! Nous avançons à notre rythme, au bruit des klaxons d’encouragement et avec le vent dans le dos. Au bout de 36 kilomètres, nous installons le camp à côté d’une rivière. Nous sommes à 2050 mètres d’altitude, le temps change, le vent se lève et la pluie tombe lorsque l’on s’abrite sous la tente.

Pause pastèque
Place de camping 5 étoiles

16 kilomètres nous séparent du sommet à 3200 mètres. 16 kilomètres pour faire 1150 mètres de dénivelé positif. Nous avons nos podcasts dans les oreilles et nous grimpons, la tête dans le guidon, les yeux rivés sur la route : une … deux … une … deux … En 3 heures nous sommes en haut et heureux d’y être arrivé. Une certaine fierté d’être si haut, à vélo et une pause boisson est bien méritée.

Nous faisons du stop pour traverser le tunnel réputé dangeureux et fortement déconseillé aux cyclistes. L’intérieur est sombre, bruyant, la route cassée et l’air irrespirable. Nous remontons sur les vélos de l’autre côté du tunnel afin d’entamer la belle et longue descente jusqu’à Suusamir. Pour cette nuit, le bivouac aurait pu être idyllique, s’il n’y avait pas une horde de moustiques assoiffés de sang de cyclistes !

Quand on regarde ce qu’on vient de pédaler
Quand on arrive en haut du col : 3200 mètres
Le tunnel impraticable à vélo
Après la montée, vient la descente

Rien ne se passe comme prévu

La suite du trajet se poursuit dans la vallée de Kizil Oy où l’on s’enfonce dans un canyon incroyable. Il fait chaud, la piste est mauvaise mais chaque kilomètre réserve son lot d’émerveillement. Nous sommes comme des enfants qui découvrent les cadeaux sous le sapin de Noël et notre cadeau, c’est la grandeur du paysage. Des saoudiens en vacances nous invitent à partager un thé en leur compagnie, à l’ombre des arbres et au bord de la rivière.

Dans la vallée de Kizil Oy
Les montagnes rouges du canyon

Notre énergie nous motive à rejoindre la petite ville de Chaek. La route à la sortie de la vallée est flambant neuve (serait-ce l’oeuvre des chinois ?) avec trottoirs, arrêts de bus et passages piétons mais complètement désertique. Nous en profitons pour accélérer notre rythme pour arriver à Chaek le plus rapidement possible. Après 81 kilomètres dans les jambes, nous sommes épuisés mais arrivés à destination. Personne n’est présent à la Guesthouse, on appelle, une fois, deux fois, trois fois, personne ne décroche. Au bout de plusieurs minutes, Jérôme reçoit une femme au bout du fil et tente de se faire comprendre en donnant quelques mots clefs en anglais « Booking, now, open door ». A sa venue, la tension redescend, nous pouvons enfin nous poser. Il n’est même pas 21 heures que nous fermons déjà les yeux, même pas besoin du marchand de sables.

Le lendemain, nous ne sommes pas en forme. Faibles, courbaturés et maux de ventre. Nous sortons uniquement pour faire les courses. Du moins, nous tentons de sortir, mais la porte de la Guesthouse est bloquée. Personne n’est présent, l’endroit est littéralement désert et nous sommes censés être dans l’auberge de l’office de tourisme de Chaek. Le stress monte, on est à bout, épuisé physiquement et mentalement face à cette sensation d’être enfermée quelque part. Par chance, nous arrivons à joindre une personne qui vient nous ouvrir immédiatement. Liberté. Les deux jours suivants se ressemblent : personne dans l’auberge, ambiance toujours aussi glauque, malades, Netflix (and chill) et nous voyons le jour que pour faire les courses (car oui, les fenêtres dans l’auberge donnent sur les bureaux de l’agence, donc niveau lumière naturelle, on ne peut presque pas faire pire. Pire c’est sans fenêtre !).

3 jours et 4 nuits dans cette prison moderne, à essayer de se remettre sur pieds, nous sommes fin prêts à reprendre la route. C’est ce que nous pensions. Notre manque flagrant d’énergie nous empêche d’avancer convenablement. Chaque coups de pédales est un supplice, chaque trou sur la piste nous retourne le ventre. Les 47 kilomètres qui nous séparent de Kyzart sont un vrai calvaire. L’ascension au lac Song Kul était à portée de main, mais pas dans cet état. Nous rentrons à Bishkek en taxi. Nous retournons chez Tunduk pour reprendre des forces et surtout les kilos perdus en 10 jours, soit 4,5 kilos chacun, beaucoup trop en si peu de temps. Revenir à Bishkek fut l’une des meilleures décisions que nous avons prises et ouvre un nouveau chapitre kirghize, à 5 et sans vélo.

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Co-fondatrice du blog Un Tour à Vélo. Passionnée par la photographie et les médias sociaux. Je capture, j'écris, je partage, mais avant tout, j'apprécie les choses simples de la vie (comme une bonne raclette !)

4 Comments

  1. Je ne prends le temps de lire que maintenant et nous sommes passés par cette route ! Du coup, je peux vous dire que la montée par ce côté au lac de Son Kul aurait été dure. La route est mauvaise, traverse une mine de charbon et du coup, il y a beaucoup de camions et de poussière … Et sinon, notre chauffeur nous a effectivement confirmé que ce sont les chinois qui ont construit ces supers routes inutiles !

    • On a eu des retours sur cette route avec la mine de charbon. On a même croisé un mec qui revenait de cette route, il était noir à cause de la poussière. On est bien content d’y être allé à cheval du coup ! Merci pour la confirmation de la route, c’est bien ce qu’il nous semblait. Les chinois investissent partout en ce moment pour la nouvelle route de la soie et on le voit aussi beaucoup en Asie du Sud-Est.

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