5 jours passés à Novi Sad et Belgrade nous sommes prêts à reprendre la route, même sous la pluie. Ce matin, il pleut, un peu, mais nous allons à la gare pour prendre le train jusqu’à Belgrade et repartir sur nos vélos depuis la capitale serbe avec pour objectif : Istanbul. Mais avant d’y arriver, la route est encore longue et les possibilités d’itinéraires nombreuses : le mariage parfait pour les changements de plans !

La carte de notre itinéraire de Belgrade à Istanbul à vélo :

Belgrade à Istanbul à vélo
La carte de notre trajet à vélo

La Serbie à vélo : après les chiens, la récompense.

La sortie de Belgrade n’est pas des plus amusantes. Nous traversons un pont à fort trafic. Heureusement, le trottoir nous permet de rouler dessus pour s’éviter quelques frayeurs inutiles. A notre grande surprise les panneaux de signalisation de l’Eurovélo 6 sont plutôt présents et proposent également des trajets alternatifs avec toujours une courte description ou une citation. Pour éviter la route, nous prenons la piste entre les champs et petits villages où les chiens en liberté aboient sur les cyclistes qui osent pénetrer sur leur territoire. Un orage nous surprend alors que nous sommes au milieu de nulle part. Au premier éclair un peu proche nous filons nous réfugier dans une cabane de chasseur et abandonnons nos vélos à une centaine de mètres de nous. Assis dans la cabane, nous attendons que l’orage passe avant de nous rendre à Pancevo.

Les panneaux de signalisation à la sortie de Belgrade
En attendant que l’orage passe

Le lendemain, la journée commence avec une crevaison pour Jérôme à cause d’un bout de verre. Le temps de démonter la roue, se rendre compte que l’on n’a pas les bonnes chambres à air, mettre la rustine et remonter le tout, nous partons de Pancevo vers 11 heures. Entre chiens qui aboient et tentent de nous courser, nous pédalons sans grande motivation et aux aguets, sifflet en bouche et prêt à dégainer le bâton. Smederevo et ses alentours ne nous laisse guère une belle image, même si le vendeur du magasin de vélo (où nous achetons de nouvelles chambres à air) a vu le match Strasbourg – Lyon. Quelle coïncidence ! Heureusement l’hospitalité des serbes et leur conduite respectueuse nous font vite oublier ces mésaventures. A Pozarevac, on nous invite à boire un café en terrasse et nous discutons de vélo le temps de cette pause.

Réparation du vélo

La route s’améliore et nous ne croisons plus de chiens. A Veliko Gradiste nous retrouvons le Danube et l’Eurovelo 6 que nous avions quitté la veille. A partir de Golubac et après avoir franchi sa majestueuse forteresse, nous entrons dans le parc national de Djerdap sur une route peu peuplée, le long du Danube. De l’autre côté de la rive se trouve la Roumanie, itinéraire souvent plus emprunté par les cyclo-voyageurs. Mais nous voulions rester en Serbie pour éviter la file de camions vers Drobeta-Turnu : un choix que nous ne regrettons pas.

Le long du Danube
La forteresse de Golubac

Les collines rendent le décor somptueux et nous grimpons avec une énergie débordante. Cet itinéraire avec ces panoramas nous rappelle pourquoi on aime tant voyager à vélo. On prend le temps de s’arrêter où l’on veut et on s’offre une pause déjeuner avec vue sur la Roumanie. Plus loin sur notre trajet, on aperçoit la sculpture de Décébale au milieu d’une colline roumaine. Haute de 40 mètres et large de 20 mètres, il est impossible de louper le visage du dernier roi des Daces, faisant face à la Serbie. On ne pouvait rêver mieux comme route pour nos derniers jours en Serbie.

Les belles routes de Serbie
Belgrade à Istanbul à vélo
Vue sur la Roumanie
Qui dit montée, dit belle vue
La sculpture de Décebale

A Negotin, dernière ville serbe avant la Bulgarie, nous dormons au paradis des cyclistes. Une guesthouse ayant accueillis un bon nombre de voyageurs à vélo et pour cause, le propriétaire est au petit soin. Comme à notre habitude, nous arrivons relativement tôt dans l’après-midi à notre destination. Après une bonne douche, on nous offre à boire et des petits gâteaux. Tout est pensé pour le confort des baroudeurs : un salon de jardin, une cuisine équipée et une machine à laver. L’adresse nous a été donnée par un anglais à vélo croisé le long du Danube qui pédalait en direction de Vienne. A Negotin, nous avons également fait la connaissance de Paul, un jeune autrichien parti de Vienne en direction d’Istanbul, également à vélo. Paul fait parti de ces personnes avec qui le courant passe immédiatement et avec qui on prend plaisir à discuter. Avant notre départ nous échangeons nos numéros pour rester en contact et se voir à Istanbul … ou avant !

La guesthouse à ne pas louper en Serbie
Selfie avec Paul

Changements de plans en Bulgarie

Depuis Negotin, nous prenons la route en direction de Vidin, première ville Bulgare après la frontière. Nous avons réservé un hôtel pour deux nuits afin de reposer les gambettes avant la traversée de la Bulgarie qui s’annonce plus montagneuse. Vidin n’a rien d’exceptionnel. Quelques terrasses vers le Danube et c’est tout. Nous nous asseyons avec bière et Sommersby quand on aperçoit Paul passer à toute allure sur son fidèle destrier. Il est déjà loin quand il voit notre message et nos chemins ne sont plus censés se croiser avant Istanbul.

Troisième jour en Bulgarie. Nous pédalons toujours le long du Danube mais que l’on voit que très rarement. Nous traversons quelques villages où l’on ressent une forte pauvreté, notamment dans ce bourg gypsy où seule la route principale est plus ou moins goudronnée, le reste n’est que terre, cailloux et poussière. Et dans ce capharnaüm, les villageois sont dehors, assis à l’ombre du soleil, devant leurs maisons faites de bric et de broc. Les enfants jouent, les chiens dorment au milieu des sachets et bouteilles qui trainent sur le sol. Sur le parcours, nous avons aussi rendez-vous avec quelques chiens : certains plus agressifs que d’autres, même en descendant du vélo. Certains qui nous voient arriver de loin et nous attendent au milieu de la route. Arrivé à Lom, notre motivation est au plus bas. Nous n’avons plus la force, l’envie de continuer pour trouver un spot de bivouac, ce sera donc hôtel. Et quel hôtel ! Un taudis laissé en décrépitude : murs délabrés, odeur désagréable, un matelas sur une planche de bois en guise de lit. Nous laissons les vélos dans l’endroit où il y avait jadis, une piscine intérieure. Aujourd’hui, c’est vide, le carrelage est cassé par endroit et un pigeon mort traîne dans un coin. Heureusement, la dame de l’accueil est adorable, c’est déjà ça. Perdu dans nos pensées, nous naviguons chacun de notre côté sur internet, sans savoir que nous pensions la même chose : ne pas continuer sur l’Eurovélo 6 comme nous l’avions préalablement organisé, mais trouver un moyen de rendre ce séjour en Bulgarie plus excitant. Et quoi de plus stimulant que de visiter des villes ? La décision est prise, nous partons en train jusqu’à Sofia et passerons aussi par Plovdiv. Pour clôturer ce séjour de la loose à Lom, on s’offre un restaurant. La carte est en bulgare, on reconnaît “chicken” grâce à notre traducteur. Pas de bol, on a commandé tous les deux des foies de volailles. Fail … on rentre dormir sur notre planche !

Séjour prolongé à Sofia et coup de coeur pour Plovdiv.

5h18. Nous sommes dans le train au départ de Lom et en direction de Sofia. 4 heures de train nous attendent, le temps de rêver, réfléchir et dormir. La nuit fut courte et bruyante avec de la musique bulgare jusqu’à minuit. Si nous devions refaire ces derniers jours, nous aurions pris sans aucun doute un autre chemin : continuer jusqu’à Nis en Serbie pour rejoindre Sofia. Mais le passé ne se change pas et le plus important est de rebondir au moment présent pour apprécier la suite de l’aventure. Le train se faufile dans les montagnes bulgares, le paysage est sublime avec la brume qui couvre les arbres. Le temps d’un instant, on s’imagine dans l’émission “Des trains pas comme les autres” avec Philippe Gougler. Les yeux rivés vers l’extérieur, on écoute le bruit du train, sourire aux lèvres et impatient d’arriver. Qu’est ce qu’on aime voyager en train !

En train jusqu’à Sofia

A Sofia, nous avons rendez-vous avec Hassan et Tania qui ont un appartement à nous prêter. Nous prenons le temps de déjeuner ensemble au restaurant branché Made in Blue. Tellement branché que Gérard Butler y a mangé en même temps que nous. La fatigue nous envahit dans l’après-midi. Nous retournons à l’appartement pour nous reposer, car le soir nous sommes de sortie avec Hassan, Tania et leurs amis bulgares. L’ambiance est bonne, très festive et nous trinquons toutes les minutes avec les bulgares. 2h30 du matin, on nous commande un taxi pour rentrer. Manque de bol, le chauffeur nous dépose au mauvais endroit. Quand on s’en rend compte, il est déjà parti. On finira la soirée avec une marche de 2,5 kilomètres !

Best burger in town by Made in Blue !

Les deux nuits que nous aurions dû passer à Sofia ce sont finalement transformées en 4 afin de passer le week-end avec Hassan et Tania dans leur maison de montagne. Les autres jours ont été consacrés à la visite de la capitale bulgare, aux flâneries dans les rues, au shopping dans des “Second Hand Shop” et aux terrasses de la ville, dont une avec Paul (nous savions qu’il était à Sofia en même temps que nous).

Dans les rues de Sofia

Pour rejoindre Plovdiv, nous prenons à nouveau le train afin de gagner 1 jour. On avait pu lire sur différents blogs et en voyant plusieurs photos que la ville était très attractive. Et on confirme, Plovdiv est magnifique. Un musée à ciel ouvert avec de nombreux vestiges romains, une très belle architecture et des quartiers totalement différents les uns des autres. La ville fait partie des plus anciennes ville d’Europe, antérieure à Rome ou Athènes et mérite amplement son statut de Capitale de la Culture 2019. Ville au sept collines, il est facile de prendre un peu de hauteur pour admirer le coucher de soleil. Nous l’avons fait les deux soirs, dont un avec Paul. Ah oui ! Nous avons recroisé Paul par hasard dans les rues de Plovdiv, il pense d’ailleurs qu’on le suit !

Le quartier Kapana à Plovdiv
Street art omniprésent à Kapana
Les maisons de style ottoman dans le vieux Plovdiv
Coucher de soleil sur la ville

La Bulgarie c’est bientôt fini et se termine bien mieux qu’elle n’avait commencé. Nous sortons de Plovdiv en suivant une belle piste cyclable qui se termine dans le quartier de Stolipinovo que l’on traverse pour trouver la route 8. Et quel choc ! Après quelques recherches, nous apprenons que nous étions dans l’un des plus grand ghetto roms d’Europe. La différence entre le centre de Plovdiv est ce quartier nous a laissé bouche bée. Des blocs d’immeubles de l’ère communiste en enfilade dans un état douteux, une route principale et des rues non entretenues où s’amoncèlent les déchets. On roule sans dire un mot mais nos yeux ne peuvent s’empêcher de regarder le moindre détail de cette scène surréaliste. Elle est loin la belle Europe occidentale !

Premiers pas en Turquie et notre itinéraire d’Edirne à Istanbul.

C’est en passant par la Grèce que nous entrons en Turquie avec une passage de frontière mémorable : accueil chaleureux des turcs, de grands sourires, des rires et surtout du thé le temps du contrôle des passeports. À Edirne nous logeons chez Can, que nous avons contacté via Couchsurfing. Nous prenons le temps de visiter la ville ensemble, les bazars et la merveilleuse mosquée Selimiye. Nous découvrons aussi la cuisine locale et le thé du matin, midi, journée, soir. Quel régal, la Turquie promet de belles sensations gustatives. Nous y voilà enfin, dans l’un des pays les plus accueillants du monde. Arriver en Turquie est un tournant dans notre voyage à vélo. Nous avons le sentiment de clôturer un chapitre de notre aventure et d’en ouvrir un autre. Dans ces nouvelles pages nous apprenons à vivre avec de nouvelles odeurs, de nouvelles sensations, de nouveaux bruits. Le chant des mosquées lors des appels à la prière, le “cling-cling” des petites cuillères pour touiller le sucre dans le thé, les klaxons incéssants et les grosses voix masculines des vendeurs de rue.

Edirne et sa mosquée
Les rues d’Edirne

Pour nous rendre à Istanbul, nous prenons le chemin le moins direct mais évitons ainsi l’entrée en ville par la route qui semble chaotique. Nous descendons en direction de Çanakkale et longeons la mer Egée et la mer de Marmara. Quel bonheur que de revoir ce bleu infini, surtout après une belle côte et sa descente qui nous mène droit sur la mer. Nous restons tout le long sur la E87, une genre de 2 fois 2 voies avec large bande d’arrêt d’urgence. Les coups de klaxon d’encouragement sont omniprésents. Petit signe de la main et nous continuons notre chemin en écoutant des podcasts. Nous croisons également des personnes formidables : cet homme qui veut nous donner de l’argent pour manger, cette famille qui vient nous donner des morceaux de viandes de leur pique-nique et avec qui nous passons le reste de la soirée, Ahmet et sa femme à Çanakkale qui nous accueillent comme des rois dans leur appartement.

Belgrade à Istanbul à vélo
Direction la mer
Altinyazi

Çanakkale est une ville jeune et touristique sur le littoral. Les bars, cafés et autres restaurants sont nombreux. Nous y sommes restés qu’une nuit pour prendre le ferry le lendemain matin afin d’aller sur l’île de Bozcaada, dont on nous a venté sa beauté, son eau transparente et sa douceur de vivre : le lieu idéal pour ne rien faire, des vacances dans les vacances. Et quelle plaisir d’avoir pris 2 jours OFF où notre seule question était de savoir sur quelle plage nous allions poser nos serviettes. Entre balades à vélo le long du littoral, flâneries dans les rues de la ville au charmant mélange d’influences Turques et Grecques, le temps s’est arrêté et nous aurions aimé qu’il ne reprenne pas si rapidement.

Canakkale
La merveilleuse île de Bozcaada
L’influence grecque à Bozcaada

Retour sur le continent à Geyikli. Le vent s’est levé et il nous fait face durant les trois jours sur la route en direction d’Istanbul, avec une intensité de plus en plus forte. C’est épuisé par les rafales, que nous arrivons à Bandirma où nous prenons le ferry pour Istanbul. Enfin nous y sommes, dans cette mégalopole. Nous y restons plus d’une semaine pour faire et récupérer notre visa iranien et déambuler dans cette ville vivante, bruyante mais tellement attirante.

L’arrivée dans Istanbul avec un traffic chaotique

Nos étapes :

  • J 38 : Belgrade – Pancevo / 41 km / Hostel
  • J 39 : Pancevo – Udovice / 65 km / Hostelche
  • J 40 : Udovice – Veliko Gradiste / 75 km / Camping Silver Lake
  • J 41 : Veliko Gradiste – Donji Milanovac / 81 km / Hostel
  • J 42 : Donji Milanovac – Kladovo / 65 km / Guesthouse Sipi
  • J 43 : Kladovo – Negotin / 56 km / Guesthouse for cyclists (un endroit génial)
  • J 44 : Negotin – Vidin / 45 km / Hotel
  • J 46 : Vidin – Lom / 55 km / Hotel
  • J 48 : Lom – Sofia / Train / Hébergé grâce à Hassan et Tania
  • J 52 : Sofia – Plovdiv / Train / Guest Rooms Contact
  • J 54 : Plovdiv – Alexandrovo / 99 km / Camping Alexandrovo (Génial)
  • J 55 : Alexandrovo – Svielengrad / 58 km / Guesthouse
  • J 56 : Svielengrad – Edirne / 57 km / Couchsurfing
  • J 58 : Edirne – Türkobasi / 89,5 km / Bivouac
  • J 59 : Türkobasi – Koruköy / 78 km / Camping Saros
  • J 60 : Koruköy – Çanakkale / 75 km / Airbnb
  • J 61 : Çanakkale – Bozcaada / Ferry / Hotel Alize
  • J 63 : Bozcaada – Umurbey / 75 km / Bivouac dans une station essence
  • J 64 : Umurbey – Biga / 74 km / Hôtel
  • J 65 : Biga – Bandirma / 75 km / Hôtel
  • J 66 : Bandirma – Istanbul / Ferry / Airbnb
Author

Co-fondatrice du blog Un Tour à Vélo. Passionnée par la photographie et les médias sociaux. Je capture, j'écris, je partage, mais avant tout, j'apprécie les choses simples de la vie (comme une bonne raclette !)

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